Devotchkoi ?
Si le groupe de Denver a notamment été révélé l'année dernière par la bande originale de "Little
Miss Sunshine", c'est sur scène que les américains ont prouvé leur électisme surdoué.
Avec pour axe narratif un brûlot poignant et intime, Devotchka a exhibé tout un bestiaire d'instruments pour montrer l'étendue de sa palette. Cuivres mariachi, ondes Martenot, violon tzigane et
posture de crooner ténébreux... Les contines rock s'enchaînent sur fond de métissages audacieux. Les cordes explorent le folklore des Balkans quand elles ne caressent pas l'auditeur d'une
empoignade mélancolique. Sur le même schéma, la batterie peut à la fois se travestir en phrasés disco ou prendre à contre-pied la mélodie. Quant à la voix, elle se blottit dans les graves ou
prend refuge dans un lyrisme aigu à chaque envolée électrique.
Ici et là, on croise un flot hydrocutant de tragédies amères. Un goût âcre et revigorant, comme on croque un fruit acide. Car il y a de la profondeur derrière chaque arrangement et un univers à
chaque virage. L'importance donnée aux percussions tranche avec les riffs aériens et le physique latin du chanteur. Entre lenteur végétative et sérénades roucoulantes, la sensualité demeure elle
aussi omniprésente. Et même la contrebasse participe de sa douceur à ce tableau impressionniste qui se construit par petites touches. Folk, gypsy, classique, frenchy... Rien ne manque à ces
Calexico élevés à la vodka.
Improbables et talentueux. Les Devotchka signent ici un opéra de salon extravagant en guise de dépaysement.