Comptes-rendus concerts

Dimanche 30 août 2009

L'électro, une musique sans visage ni âme ? Allez donc dire ça à The Prodigy et son chanteur punkoïd ou son black MC. Car ce soir, les pionniers de la big beat ont retourné le festival avec rage et férocité. Ambiance rave party des warehouses UK.

null Bruyant. Brutal. Extrême. Le recordman de vente de disques de l'Histoire de la dance music a pratiqué la technique de la terre brûlée. Uppercut dans les gencives. Et nous, K.O., dandelinant de manière hébétée. L'énergie est ainsi demeurée intacte, puissante, explosant à chaque coups sourds des basses, telle le gourdin dans le gong des festivaliers.

Rien, ni personne n'a été épargné, des lumières épileptiques jusqu'à la transe inhumaine à laquelle la foule s'est adonnée. Ni même les nuages de terre atterris dans le gosier. Come on, hey ! Car dans les rangs, c'est l'anarchie, la rebellion. Et chaque déserteur s'est retrouvé pieds et poings liés dans une immense et caractéristique machine à laver.

Sur scène, le punk Keith Flint, petit diable malicieux et entortillé, roule des yeux à la Hannibal Lecter. A vous faire pâlir le slip, le doigt sans cesse en l'air. Signe de défi. Car il règne sur le set une certaine animalité. Une redoutable fureur, style combat de coqs et brâme de cerfs à se frapper le poitrail, déjà envahi de peintures de guerre.

Le MC black - Maxim Reality - crache son flow comme un forcené et bondit nerveusement à chaque déflagration vocale. Il s'échauffe, s'élance sur le ring comme un boxeur voulant rendre les coups. Et répète autant de "Fuck !" et de "Listen !" qu'un bègue fou atteint du syndrôme de la tourette.

"Voodoo People", "Poison", "Breathe", "Smack my bitch up" (assis/debout)... Le beau-frère de Liam Gallagher (belle ironie !) - Liam Howlett - passe le répertoire à la moulinette, hachant menu le hardcore, l'industriel et le breakbeat. Le guitariste, lui, fait sécher sa gratte au ventilo. Tranquille. Larsenant au possible les enceintes de ses riffs gouilleurs.

Puis, ce fut le vide. Le calme après la tempête. Un long râle avant le point de non-retour. Fin du set.

Il y a des silences qui vous habitent une nuit. Il y en a d'autres qui vous traumatisent toute une vie. 

Come back, Prodigy !
 

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Par Samuel Degasne
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Dimanche 30 août 2009

"Wouah, on aurait dit la rencontre de Arcade Fire et de Antony And The Johnsons !" dit l'un. "Cette générosité, ce positivisme, ça change de la noirceur de The Horrors" dit l'autre. Le 30 août, 22h15, à Rock en Seine, garçons et filles ont été soufflés par la prestation du théâtral Patrick Wolf.
 

Quand il monte sur scène avec violoniste, claviériste, guitariste (Tom White de The Electric Soft Parade), bassiste et batteur, on a beau savoir peu de choses sur ce jeune anglais, on est déjà captivé. C'est que contrairement à la mode actuelle de la chemise à carreaux dans le rock, Patrick Wolf présente un personnage exubérant. Il synthétise surtout le meilleur (ou le pire c'est selon) des années 80. Dans ce gaillard aux longs cheveux peroxydés et aux airs de catcheur intergalactique, l'enfant des eighties peut voir du Mylène Farmer, du Captain Flam, du Lucile Amour et Rock'n'roll, du Duran Duran, du Billy Idol, du Alphaville, du Muse ou du Marilyn Manson, c'est selon.


Tout cela pourrait paraître de mauvais goût, mais ici tout est tellement "trop" que ça confine au génie. Parce que devant nous, avec son chant terrestre et lyrique, Wolf déballe des chansons énormes, sorte de Golgoth prog glam folk métal, qui écrasent tout sur leur passage. On a réllement l'impression d'assister à la mise en son de robots véloces post-apocalyptiques style Evangelion sur "Hard Times" et "Damaris", des grandes fresques mélodramatiques à la Braveheart/Titanic sur "The Bachelor" et "Thickets". Et ce personnage, sa façon de bouger, de performer avec la lumière, les rythmes et le public, ce n'est pas que de la fantaisie, du show. C'est l'incarnation concrète de ce que ses morceaux exultent : une ode à la libération totale, une guerre pour se faire bigger than life.


Là où tout le monde se contient sagement, restant dans sa case, son esthétique, Patrick Wolf et sa musique cosplay, transformiste, débordent et donnent le tournis. Il y a eu des moments de folle intensité à ce concert où, restant immobile, j'ai bien failli sortir de mon propre corps. Oui, j'ôte le "on" de fausse majesté. Il faut dire "je" lorsqu'on a été convoqué. Et convoqué, je l'ai été corps et âme. Quand l'artiste est descendu dans la foule, interpellant les gens en leur disant "Vous venez de l'une des plus belles révolutions alors montrez-moi ! Liberté, égalité, fraternité", j'ai eu envie de lâcher le bras de mon cerveau pour rejoindre la foule, pour le porter, me célébrer en lui.


The Bachelor, son nouvel album sort à la rentrée. Envisagé comme la première partie d'un double album en deux temps, il sera suivi dès 2010 de sa seconde partie, The Conqueror. Il sera en concert au Nouveau Casino le 3 octobre. Je prends le pari : vous n'avez pas fini d'entendre parler de Patrick Wolf.

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Par Sylvain Fesson
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Dimanche 30 août 2009

Les organisateurs du festival ont voulu garder le secret jusqu'au bout. Et quel secret !! Le buzz avait enflé depuis bientôt un mois sur les blogs musicaux et la rumeur se confirmait (sans communication officielle) depuis quelques jours sur des pages perso comme celle de Zégut. Mais qui sont ces Petits Pois ? Des haricots magiques de Jack ?

null Les Petits ne sont rien d'autres que Them Crooked Vultures. Des vautours tarés ?
Them crooked Vultures : John Paul Jones (bassiste de Led Zeppelin), David Grohl (batteur de Nirvana et leader des Foo Figthers) et Josh Homme (guitariste et chanteur des Queen of The Stone Age). Un casting impressionnant ressemblant à peu de choses près au groupe de rock idéal. Les activités de ces groupes étant actuellement en suspens, est-ce un coup de pub ? Eh bien non. Qu'auraient à prouver de telles légendes du rock. Rien. Si ce n'est le plaisir de jouer ensemble.

Grohl prend alors un malin plaisir à défoncer la batterie sur le surpuissant "Gunman". Il regarde ses comparses avec un "Eye of the Tiger" qui met en émoi le public. "Dead End Friend" commence et la foule exulte. Tant de talents sur scène, cela ne peut laisser indifférent. Bien que leur répertoire commun ne soit connu que par une minorité de fans aguichés par des teasers sur Youtube. La foule vit une communion transcendantale avec les Dieux du rock. Et l'on note au passage que peu nombreux sont ceux qui peuvent se permettre de jouer de la guitare avec le pied du micro Homme.

"We have new fans". Non, ce sont des fans de longue date qui se trouvaient sur la Scène de la Cascade. John Paul Jones prend alors son bottleneck pour jouer sur sa douze cordes et les fidèles sont aux anges. Des morceaux parfaits sortent alors de ces trente doigts. Le moment n'est pas magique, il est historique ! Ils montre au public que le nirvana du rock existe. Les vautours détraqués finissent leur set sur "Nobody loves me neither do I".

Une seule chose reste à dire : merci pour tout, bande de charognards.

Par Pierre-Olivier Petit
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Dimanche 30 août 2009

Figure héraldique du genre, les bad boys US ont chromé leur heavy glam avec une dose de rock stoner et de blues huileux. Effet garanti. Les groupies, se pâmant à chaque œillade, ont depuis longtemps dépassé le starter. Une chose est sûre, les EODM n'ont rien inventé. C'est clair ! Oui, mais et alors ?

Avec un "Are you readyyy... ?" sous l'aisselle et une lèvre velue à faire pâlir les résidents de l'hospice de Saint-Cloud, Jesse "fuckin" Hugues a réussi à faire dans le défouloir rock. Le tout en jean, s'il vous plaît. Le propos ? Lourd, pesant, ironique et bien léché. Le type même qui se frotte à votre jambe et vous mâchouille le cerveau comme on chique du tabac texan. Et c'est bien dès les premières secondes que la pétaradante machine s'emballe et vrombrit, marquée par les claquements de bottines cirées du maître des lieux.

Sur scène, Stéphane Saunier (programmateur Canal+) et Macy Gray opinent du chef. Il faut dire que le groupe sait y faire : les corps tatoués, les muscles saillants et la sueur aux hormones comme aftershave. Derrière les coups sourds des riffs gras, le batteur s'en donne à cœur joie, style bûcheron débitant du bois, le rictus en plus. Même pas mal.

Les cassures de rythmes embrasent l'assistance. La foule retient son souffle - alcoolisée - prête à galetter le jambon braisé avalé sur le pouce. Ca sent la poudre. Définitivement. Pourtant, rien ne semble perturber les prêteurs sur gage rock. L'attitude est nonchalante, sexy à souhait, à dandiner de l'arrière-train lors de quelques solos bluesy. Quant au torse, il est offert en pâture à une foule repue. A genoux. Domptée.

La guitare Flying V ? Exhibée, telle un grigri tribal, un sex-appeal nicotiné à l'effluve orgasmique. On en reveut encore. Et encore. Marre des kids bien peignés qui squattent les ondes. Pas de doute, la pression a mis ici les têtes en ébullition, sorte de bouillon à l'arsenic de fond de cale. Expression primaire des bas-fonds. Mais la course s'interrompt là, car il faut bien en finir. Avec l'envoi traditionnel de baguettes du batteur et, dans l'air, une dose palpable d'électricité.

Rock you, babes.

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Par Samuel Degasne
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Dimanche 30 août 2009

Quand sous la chaleur du début d'après-midi, de jeunes musiciens se confrontent à un public encore peu rassasié de concerts, c'est à coup de masques d'oiseaux, de peinture colorée et de robe pastel. C'est sur la Scène de l'Industrie et c'est Lilly Wood & The Prick.

null Les masques d'oiseaux, que pas mal de festivaliers ont déjà vissé sur leur tête, c'est pour la promo du mini-album "Lilly Who & The What ?". La fantaisie s'installe doucement alors que nos jeunes musiciens se dandinent sur scène, et notamment Nili la chanteuse, avec sa robe vert pastel où sont greffés des morceaux de carton, façon armure des Chevaliers du Zodiaque. Du côté du clavier et de la guitare, on retrouve également Ben, qui lui se la joue aussi Chevalier, mais seulement sur l'épaule droite. Ben & Nili sont accompagnés d'un batteur et d'un bassiste qui échangent volontiers leurs instruments et assurent le background pour nos deux oiseaux.

Niveau musique, c'est une petite pop, jeune mais sûre d'elle qui émane de la scène. Un peu comme si l'électro des années 2000 s'était associée à la pop des années 80 pour nous insuffler un univers coloré, pétillant, naïf et clinquant. Clinquant et claquant, à coups de baguettes sur des casseroles, de chant au mégaphone, de samples de batterie et même de clarinette. Bref, chez Lilly Wood & The Prick, on aime tout mélanger et se perdre dans les expériences scéniques, malgré l'apparente timidité de la jeune chanteuse.

En dépit de la répétition des rythmes et des mélodies qui peinent à se démarquer, on sent la promesse d'une coloration permanente de la musique. Laissez-leur les années qu'ils méritent pour arroser leur musique de vos encouragements, et le Wood de Lilly poussera dans vos oreilles.

En attendant, sur scène, le final est pétillant, le public est conquis. Mission accomplie.

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Par Mathieu Bouckenhove
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Dimanche 30 août 2009

Troisième jour de festival. La fatigue se fait sentir pour ceux qui sont là depuis vendredi. Certains festivaliers ont le pas traînant et les yeux cernés, cachés derrière des lunettes de soleil aux looks plus ou moins extravagants.

null C’est dans cette semi-léthargie que Metric entre en scène, ouvrant ainsi les festivités du dernier jour de Rock en Seine. Dans sa courte robe blanche, Emily Haines, la chanteuse du groupe canadien à la plastique avantageuse, donne le tempo. Telle une thérapeute, elle prend les choses en mains. Accrochée au manche de son micro, elle donne de la voix et des riffs. Elle empoigne tour à tour guitare et clavier. Le public se dresse et tangue aux sons des morceaux de Fantasies, le dernier album. Les échanges de mots doux entre le groupe et le public se font plus longs. "It is a dream for us to open the festival today. Thank you".

"Worldwide, everybody wants the same thing. Dead disco". La belle venue du froid se donne du mal pour nous faire du bien. Les parties instrumentales s'intensifient. Emily saute, portée par la musique. Elle est complice avec ses musiciens, sans laisser le public en reste. Elle sait faire le show. Au bout de 30 mn de ce régime, elle est essoufflée, ébouriffée. Sa respiration se fait haletante.

Il est 15h05, le set à été court, mais Metric a remplit sa part du marché. Le public est fin prêt pour repartir pour une nouvelle journée de concert et de plaisir. Notre belle chanteuse, de son côté, repart en coulisse, une serviette sur le coup, lessivée. "Thank you for your love!"

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Par Pierre-Olivier Petit
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Samedi 29 août 2009

C'est à la nuit tombée que Birdy Nam Nam entre sur scène. Les quatre lascars chauffent le public à blanc. La température monte d'un coup. Des filles, volant au-dessus de la masse, font tomber le haut. Jusqu'où vont-ils emmener la foule?

null C'est avec des scratchs en guise de flûte que ces messagers entrainent les festivaliers sous terre. L'atmosphère évolue. L'air devient suffocant mais les Nam Nam captent toujours l'attention. Ils se font les guides d'un long voyage dont on ne sort pas indemne.

Pour arriver à leurs fins, les quatre DJs s'appuient sur un envoûtant jeu de lumière : de la nuit étoilée au monochrome de Nam Nam, en passant par des explosions de Tetris. Le charme opère. Une transe visuelle et auditive collective s'installe. Bien calés derrière leurs tables de mix, les ombres bougent. Dj Pone commence à frapper  l'air de son poing rageur. Que cherche-t-il ? A expier le démon qui sommeille dans ses samples ou à encourager la foule ? 

Dj Need de son côté entrecoupe son jeu de danses des esprits. Quelque part entre les années 80 et aujourd'hui, des êtres singuliers et étranges ont gardé cette technique ancestrale du mime d'instruments, sans bouger les membres inférieurs. La fosse lui embraye le pas et une énergie énorme se dégage de cette communion. Le public est séduit. Il est définitivement perdu pour la déesse de l'ennui.

Le rock est bien la "musique du diable" et les Birdy Nam Nam l'ont bien compris. C'est avec le sentiment du devoir accompli, ayant fait traverser le Styx à tant de personnes en même temps, que résonnent ces mots de Little Mike: "Ici, c'est Paris !"

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Par Pierre-Olivier Petit
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Samedi 29 août 2009

11 ans déjà que le général Patton n'avait pas réuni ses troupes... C'est chose faite ce soir. Et si le set en découragea certains, les fans - en écho - sont loin d'avoir oublié le raz-de-marée provoqué par Album of the Year en 97.

"Sweet sweet Paaaris !" clame Mike Patton, le chanteur hors-norme de la formation. A ses côtés, toute l'équipe de 1997 : Billy Gould, Roddy Bottum, Mike Bordin et Jon Hudson. Ce soir, c'est donc une page de l'Histoire qui se joue.

Il faut dire que Faith no More a su imposer le son d'une génération : celui du métal alternatif. Et, comme si cela ne suffisait pas déjà, les musiciens s'étaient même permis dans leur carrière quelques écarts hip-hop, jazz ou pop. C'est dire !

"Epic", "We care a lot", "Midlife crisis" ou encore la reprise des Commodores "Easy"... Tous ces titres ont donc enfin repris vie.


Sur scène : un rideau rouge lynchien pour toile de fond. Devant : le combo en costards pastels à la porte-flingue, la rose à la pochette et la canne de Patrick Hernandez à la main. La moustache est fine et le cheveu gominé en arrière. Ambiance mafia italienne à souhait. Seul intrus dans le tableau de famille ritale : le batteur et ses dreadlocks. Gloups !

Dans la foule, Mouss - le chanteur de Mass Hysteria - récite par cœur les couplets, tandis que sur scène les guitaristes de Billy Talent et de The Offspring s'amusent à quelques headbangings.


Le micro en écharpe, et après une introduction Soul à rouler des galoches, Patton enchaîne les titres avec sa voix si spécifique. Mi-hargneuse, mi raisonnante. Mélange de cris étranglés et de grondements plutôt nerfs que muscles. La bête tourne en rond comme un félin, grogne, guette et s'asperge d'eau, quand il ne la crache pas tout simplement sur le sol. Hagard.

Et quand "Easy" retentit, c'est le chaud-froid. Le crooner reprend le dessus, gentleman, laissant de côté ses précédents rugissements et autres hurlements de fond de gorge. Coquin, va !

Seule date française de cet été ? Côté émotions, c'est l'hydrocution. Un café, l'addition. Le public en redemande.
 

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Par Samuel Degasne
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